Côté cour, côté jardin : la scène expliquée aux danseurs
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« Va à droite » : en répétition, la moitié de la troupe part du mauvais côté dès qu'on oublie de dire la droite de qui. Le théâtre a réglé ce problème depuis longtemps avec des mots qui ne dépendent pas de l'endroit où l'on se tient : cour, jardin, face, lointain. Ce guide explique ce qu'ils veulent dire pour un danseur, comment s'en souvenir, comment ils se traduisent en anglais et en japonais, quelles zones de la scène attirent le regard, comment poser des repères au sol, et comment transmettre tout cela à une troupe, du studio jusqu'au plateau.
Ce qu’est Stancz
Stancz est une application de chorégraphie pour le web, iPhone et Android, qui place les danseurs sur une scène à l'échelle et anime le passage d'une formation à la suivante. Elle permet de placer les danseurs sur un plateau aux vraies dimensions, enchaîner les formations et animer chaque transition, visualiser en 2D, en 3D et depuis le fauteuil du spectateur, caler les changements de place sur la musique importée, programmer l'écran LED du fond de scène, cue par cue et de partager la chorégraphie avec la troupe et commenter une formation. Stancz fonctionne dans le navigateur sur PC et sur Mac, sans installation, et dispose d'une application iPhone, iPad et Android. La version gratuite couvre 3 chorégraphies et 4 formations par chorégraphie. L'abonnement Pro lève ces limites : 3,99 €/mois ou 29,99 €/an. Stancz ne gère pas l'administratif d'une école de danse : ni inscriptions, ni planning de cours, ni facturation, ni présences. Il n'apprend pas non plus les pas de danse.
- placer les danseurs sur un plateau aux vraies dimensions
- enchaîner les formations et animer chaque transition
- visualiser en 2D, en 3D et depuis le fauteuil du spectateur
- caler les changements de place sur la musique importée
- programmer l'écran LED du fond de scène, cue par cue
- partager la chorégraphie avec la troupe et commenter une formation
Le point de vue : on nomme les côtés depuis la salle
En français, les côtés de la scène se nomment depuis la salle. Le côté cour est la droite de la scène vue du public, le côté jardin la gauche : c'est la définition de Wikipédia comme du lexique du Cratère, scène nationale d'Alès. Pour un danseur tourné vers le public, c'est donc l'inverse de ses mains : la cour est à sa gauche, le jardin à sa droite. Tout l'intérêt de ces deux mots est qu'ils ne changent pas selon la personne qui parle, comme bâbord et tribord en marine : le chorégraphe assis dans la salle et la danseuse sur le plateau désignent le même côté. Les machinistes ont même leurs surnoms, les « courriers » à cour et les « jardiniers » à jardin.
Ces noms viennent de la Comédie-Française. À partir de 1770, la troupe joue dans la salle des Machines du palais des Tuileries, qui donne d'un côté sur la cour du Louvre et de l'autre sur le jardin des Tuileries. Avant, on disait « côté de la reine » et « côté du roi », d'après les loges royales qui se faisaient face ; ces noms disparaissent avec la Révolution, après la Terreur précise le livret pédagogique du théâtre Gabrielle Dorziat (Les Salmanazar, à Épernay). Trois moyens mnémotechniques circulent. Pour le public, les initiales « J.-C. », comme Jésus-Christ : J de jardin à gauche, C de cour à droite, en regardant la scène. Pour l'interprète face à la salle, « côté cour, côté cœur », le cœur étant à gauche. Wikipédia en ajoute un troisième : jarDin contient un D, comme la droite du comédien.
Les autres langues ne partent pas toutes du même point de vue. L'anglais nomme les côtés depuis l'interprète : stage left est sa gauche quand il regarde le public, donc le côté cour, et stage right le côté jardin ; les Anglais disent aussi prompt side pour la cour, le côté où se tenait le souffleur. Le japonais, comme le français, part de la salle : 上手 (kamite) est la droite vue du public, donc la cour, et 下手 (shimote) le jardin, selon le glossaire de la fédération japonaise des techniciens de théâtre. L'allemand compte lui aussi depuis la salle, d'après Wikipédia, au point que plusieurs opéras ont remplacé « gauche » et « droite » par des noms tirés de leur quartier, comme « Berlin » et « Charlottenburg » à la Staatsoper Unter den Linden. Il circule encore en ligne des fiches qui inversent la règle : dans le doute, reviens au cœur, la cour est du côté du cœur quand tu regardes le public.
Les zones de la scène : face, lointain, cour, jardin et centre
Dans la profondeur, la face est le devant du plateau, la partie la plus proche du public, et le lointain le fond, matérialisé par le mur du fond. On « descend » vers la face et on « monte » vers le lointain : le lexique du Cratère rappelle que le plateau était autrefois en pente, et le livret des Salmanazar qu'il reste parfois très légèrement incliné vers la salle pour offrir une meilleure vue. L'avant-scène, ou proscenium, est la partie qui précède le cadre de scène, et la rampe la galerie de lumières qui borde ce bord avant, d'où l'expression « les feux de la rampe ». L'anglais garde la même image de la pente : downstage vers le public, upstage vers le fond.
En croisant la largeur (cour, centre, jardin) et la profondeur (face, milieu, lointain), on obtient neuf zones que tout le monde comprend : la face centre, le centre du plateau, le lointain jardin, et ainsi de suite. Le glossaire de théâtre multilingue du CBTIJ, au Brésil, traduit d'ailleurs « downstage right » par face jardin et « upstage right » par lointain jardin. Les manuels anglophones utilisent la même grille de 3 × 3 avec leurs abréviations (DSL, DSC, DSR, CSL, CS, CSR, USL, USC, USR), toujours vues de l'interprète : leur downstage left est ta face cour. Pour une troupe, ces neuf noms suffisent presque toujours ; on précise ensuite en pas ou en mètres, par exemple « lointain jardin, à deux mètres du pendrillon ».
Sur les côtés, les pendrillons, ces rideaux étroits souvent en velours noir, cachent les coulisses ; le livret des Salmanazar précise qu'ils sont placés les uns derrière les autres, à cour et à jardin, pour permettre les entrées et les sorties. Le plateau se découpe ainsi en plans successifs, de la face vers le lointain, et le lexique du Cratère parle d'une herse de lumière par plan : entrer « au deuxième plan, à jardin » désigne un passage précis entre deux pendrillons. Les coulisses sont l'espace que le public ne voit pas, derrière les pendrillons et le mur du fond. Note pour chaque danseur par quel côté et par quel plan il entre et sort : un danseur qui sort à cour et doit revenir à jardin a besoin d'un chemin par l'arrière.
Le poids visuel de chaque zone
Toutes les places ne se valent pas aux yeux du public. Le manuel américain de mise en scène d'Alexander Dean et Lawrence Carra, Fundamentals of Play Directing, tel que le résume un ouvrage de formation des metteurs en scène, classe six zones de la plus forte à la plus faible : la face centre, puis le lointain centre, la face à la droite de l'interprète, la face à sa gauche, le lointain à sa droite et enfin le lointain à sa gauche. En français, cela donne : face centre, lointain centre, face jardin, face cour, lointain jardin et lointain cour. L'idée de fond est simple : plus un interprète est proche et central, plus il attire le regard. Ce n'est pas une loi, c'est une convention de composition, et d'autres sources la contredisent en partie.
Pour la danse, l'éclairagiste Tom Skelton écrivait dès 1955, dans Dance Magazine, que la grille en six zones du théâtre ne servait à rien : un danseur traverse plusieurs zones en une seule phrase de mouvement. Il classait plutôt des trajets : d'abord l'axe central, du lointain à la face, puis la diagonale du lointain cour vers la face jardin, puis l'autre diagonale, puis un cercle d'environ 4,5 m de diamètre au centre. Les supports de danse du ministère de l'Éducation de Nouvelle-Galles du Sud jugent au contraire forte la zone du lointain côté cour, là où le mur du fond et le côté se rejoignent. Le livret des Salmanazar rapporte enfin une tradition française : jardin serait le « bon » côté, celui de l'entrée du héros, et le danger viendrait de cour.
Pour un groupe, ces classements servent surtout à décider qui mettre où. Le soliste ou le moment fort va volontiers à la face centre ; un groupe qui doit rester présent sans prendre la vedette peut tenir le lointain ; une diagonale donne du mouvement et de la profondeur, et permet de traverser toute la scène en peu de temps. Mais tout dépend de la place du spectateur. C'est une simple question de géométrie : depuis un fauteuil sur le côté, une partie du plateau proche de ce côté disparaît derrière le cadre de scène, et un danseur placé au lointain peut être caché par celui qui est devant lui. Vérifie donc tes formations depuis plusieurs places de la salle, pas seulement depuis le centre.
Numéros et repères au sol
Le vocabulaire français du théâtre ne fixe pas de numérotation du plateau : les lexiques lus pour ce guide n'en donnent aucune, et chaque compagnie pose la sienne. Deux systèmes étrangers méritent d'être connus. Au Japon, le bord de la face porte un 0 au centre, puis 1, 2, 3 vers chaque côté, avec un écart de 90 cm, la moitié d'un ken, l'ancienne mesure japonaise, d'après le gestionnaire de salles Theatre Workshop. Aux États-Unis, une régisseuse de comédies musicales décrit la même idée, une ligne de chiffres avec un 0 au centre et un repère tous les deux pieds, soit environ 61 cm. Choisis un écart, écris-le sur ton plan et garde-le du studio jusqu'à la scène.
Les repères eux-mêmes sont de petits morceaux de ruban adhésif collés au sol. Le gaffer, très utilisé dans le spectacle, se déchire à la main et, de bonne qualité, se retire sans laisser de trace ; les anglophones appellent ces marques des spikes. Wikipédia en anglais décrit l'usage courant : une petite croix pour la place d'un interprète, un L pour un meuble ou un élément de décor, une couleur par personne ou par élément quand les marques se multiplient, et un ruban phosphorescent quand il faut trouver sa place dans le noir. Le centre mérite toujours sa marque : la régisseuse citée plus haut pose un grand T à la face centre, et une autre marque au centre exact du plateau.
Pose le moins de marques possible : seulement les places qui doivent être exactes, celles où un danseur doit tomber pile dans une lumière ou à la bonne distance d'un autre. Un glossaire japonais pour comédiens rappelle que le ruban phosphorescent se voit aussi depuis la salle, d'où l'intérêt d'en mettre peu. Beaucoup de salles qui accueillent de la danse posent un tapis de danse noir (la fiche technique de la MC93, à Bobigny, en liste en lés de 1,5 m) : demande au régisseur quel ruban tu peux y coller, et retire les repères d'une pièce avant de poser ceux de la suivante, ou change de couleur pour ne pas mélanger deux chorégraphies.
Transmettre le plan à une troupe
La règle d'or tient en une phrase : un seul système par troupe, et le point de vue dit à chaque consigne. Si ta troupe parle en cour et jardin, évite « droite » et « gauche » tout seuls ; si elle travaille avec des numéros, dis « le 2 côté cour » plutôt que « le 2 à droite ». Écris le système choisi en haut du plan de chaque formation, avec une flèche vers le public, pour qu'un nouveau venu le lise sans explication. Et quand une consigne vient de la salle, par exemple du chorégraphe assis au premier rang, rappelle que cour et jardin restent les mêmes pour lui et pour les danseurs : c'est précisément pour cela qu'on les emploie.
En studio, le miroir tient en général la place du public : la face est du côté du miroir, et la cour reste à gauche du danseur qui le regarde. Reporte les repères de la scène dans la salle de répétition, avec le même centre et le même écart, comme le conseille le site de pédagogie classique Ballet Curriculum : des numéros devant le miroir en cours, les mêmes numéros au bord de la scène le jour du spectacle. Prévois aussi des répétitions dos au miroir, car sur scène il n'y aura plus de reflet pour se corriger ; dans le magazine Dance Informa, une danseuse se souvient de l'angoisse de ces répétitions juste avant la semaine technique. Et si tu montres un enchaînement face à la troupe, dis-le : tes gestes arrivent alors inversés.
Donne ensuite à chacun sa place, formation par formation : un plan par formation, avec le nom ou le numéro de chaque danseur, vaut mieux qu'une longue explication orale. Puis recale tout sur le vrai plateau. Le lexique du Cratère cite l'expression « on verra à la rampe », c'est-à-dire quand on répétera sur scène : les distances changent, les entrées ne tombent pas toujours où on les attendait. Le filage à l'allemande, celui qui ajoute les placements selon Wikipédia, est un bon moment pour poser les derniers repères. Assieds-toi enfin dans la salle, au centre puis sur les côtés, pour vérifier que personne n'est caché.
Préparer son plan de scène avec Stancz
Stancz est une application de chorégraphie qui sert à préparer le placement des danseurs : tu les poses sur une scène à l'échelle, tu enchaînes les formations, et les transitions s'animent sur ta musique, en vue 2D de dessus, en 3D et depuis la salle. Elle s'utilise dans le navigateur d'un ordinateur, PC ou Mac, sans installation, et en application iPhone, iPad et Android, avec le même compte. Elle est gratuite jusqu'à 3 chorégraphies de 4 formations chacune, et un abonnement payant existe au-delà. Elle propose 19 préformations, des formes toutes faites qui s'adaptent au nombre de danseurs, et accepte jusqu'à 500 danseurs par chorégraphie.
La vue 2D dessine la scène à ses vraies dimensions, en mètres : 10 × 6 m par défaut, affichée « SCÈNE · 10,00×6,00 m ». Des règles graduées courent en haut et à gauche, avec un chiffre à chaque mètre et un trait tous les 50 cm, à partir de 0 au coin gauche ; deux lignes de centre en pointillé, toujours visibles, se croisent au milieu. AVANT-SCÈNE est écrit sous le bord avant, en bas du plan, côté public, et FOND au-dessus du bord arrière ; tu peux afficher la grille, aimanter les danseurs dessus et montrer leurs numéros. Le plan n'écrit ni cour ni jardin : public en bas, la droite du plan est la droite vue de la salle, donc la cour, le stage left des anglophones. Sur une scène de 10 m, le 7 de la règle du haut tombe ainsi à 2 m du centre, côté cour.
La vue spectateur répond à la question qu'on se pose depuis la salle. Dans « Ta place », tu choisis une place nommée (orchestre centre, 1er rang, 1er rang côté cour, côté jardin, côté cour, jury, balcon, caméra) ou tu touches un fauteuil sur le plan de la salle, qui indique jardin et cour ; la caméra s'y place et cadre la troupe, puis la vue dit qui est caché et derrière qui, ou que tout le monde est visible depuis cette place. La vue 3D montre la même formation en volume. Partager une chorégraphie en lecture est gratuit : chaque danseur la regarde, et « Surligne-moi » met son propre danseur en évidence. Les limites, sans détour : pas d'export PDF, pas d'édition à plusieurs en même temps, et pas de gestion d'école.
Questions fréquentes
- Côté cour, c'est à droite ou à gauche ?
- Vu du public, la cour est à droite et le jardin à gauche. Pour un danseur tourné vers la salle, c'est l'inverse : la cour est à sa gauche, le jardin à sa droite. Les deux mots ne changent pas selon la personne qui parle, et c'est tout leur intérêt. Si tu emploies « droite » ou « gauche », précise toujours de quel point de vue tu parles.
- Quel moyen mnémotechnique pour retenir cour et jardin ?
- Depuis la salle, pense aux initiales « J.-C. », comme Jésus-Christ : J de jardin à gauche, C de cour à droite. Sur scène, face au public, retiens « côté cour, côté cœur » : la cour est du côté du cœur, à ta gauche. Un dernier repère, toujours face au public : jarDin contient un D, comme ta droite.
- Stage left, c'est cour ou jardin ?
- Stage left, c'est la cour. L'anglais nomme les côtés depuis l'interprète face au public : stage left est sa gauche, donc la droite vue de la salle, c'est-à-dire la cour, et stage right est le jardin. La gauche du public se dit house left en anglais : c'est le jardin. En japonais, 上手 (kamite) correspond à la cour et 下手 (shimote) au jardin.
- Que veulent dire face, lointain et avant-scène ?
- La face est le devant du plateau, la partie la plus proche du public ; le lointain est le fond de scène, devant le mur du fond. On descend vers la face et on monte vers le lointain, souvenir des plateaux en pente. L'avant-scène, ou proscenium, est la partie qui précède le cadre de scène, côté public. En anglais, la face se dit downstage et le lointain upstage.
- Existe-t-il une application gratuite pour faire un plan de scène avec ces repères ?
- Stancz en est une : une application de chorégraphie où tu places les danseurs sur une scène à l'échelle, en mètres, et où tu enchaînes les formations, en 2D, en 3D et depuis une place de la salle. Elle fonctionne dans le navigateur d'un ordinateur et en application iPhone, iPad et Android. Elle est gratuite jusqu'à 3 chorégraphies de 4 formations ; un abonnement payant existe au-delà. Elle n'exporte pas en PDF.
Sources
Ce guide s'appuie sur les références suivantes, consultées lors de sa rédaction.
- 1.fr.wikipedia.org
- 2.lecratere.fr
- 3.theatrelesalmanazar.fr
- 4.teec-or.org
- 5.de.wikipedia.org
- 6.fr.wikipedia.org
- 7.fr.wikipedia.org
- 8.cbtij.org.br
- 9.shevingtonhigh.org.uk
- 10.fr.wikipedia.org
- 11.ebrary.net
- 12.d.umn.edu
- 13.sites.google.com
- 14.kaijosagashi.theatre-workshop.co.jp
- 15.erinjoyswank.com
- 16.avls.eu
- 17.en.wikipedia.org
- 18.note.com
- 19.mc93.com
- 20.balletcurriculum.com
- 21.danceinforma.com
- 22.fr.wikipedia.org
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